Publié en 1955 par Présence Africaine, le Discours sur le colonialisme fit scandale puis devint un des classiques de la littérature des nations colonisées en lutte pour leur indépendance et leur dignité. Chacune des lignes de ce pamphlet fait éclater avec force que l’oppression et la haine, le racisme et le fascisme non seulement demeurent mais croissent avec une vigueur nouvelle. Si le temps de l’histoire opère à l’égard de ce texte un effet d’éloignement ou de distanciation, son actualité la plus essentielle est de désigner la barbarie occidentale comme une part constitutive de sa civilisation même. Acte d’accusation et de libération, le Discours témoigne en même temps du souci des hommes et d’une authentique universalité humaine.
« Ce texte est un plaidoyer contre le colonialisme. Au-delà d’une simple dénonciation, Césaire décortique les mécanismes du système colonial, montre ses liens intrinsèques avec les sociétés occidentales et souligne à quel point il hypothèque l’avenir de ces sociétés et annonce leur déclin en ceci qu’il est un déni des valeurs que porte la civilisation européenne.
Césaire, tout comme à la même époque Frantz Fanon – autre grande figure Martiniquaise –, se fait le porteur d’un nouvel humanisme, par opposition au « pseudo-humanisme »qui a légitimé la colonisation au nom de la civilisation et de la modernité. Ce nouvel humanisme, héritier des Lumières, redonne au colonisé son statut d’homme : la dénonciation de ce qu’a d’inhumain et de déshumanisant le système colonial, s’accompagne de l’affirmation de la richesse et de la diversité des sociétés colonisées et de leur droit à exister sur un pied d’égalité avec l’Europe ».
Ce texte –d’une urgence et d’une actualité suffocantes, et dont le souffle poétique et politique interroge plus que jamais notre siècle ! La France prétend cette année fêter le Cinquantenaire des Indépendances Africaines : C’est le moment de dénoncer les formes pernicieuses du néocolonialisme qui ralentit le développement et l’émancipation réelle de l’Afrique, entre autres ! Le spectacle réunit des extraits de l’œuvre de Césaire et fait résonner les voix de ses compagnons de route : Senghor (Sénégal) Depestre (Haïti) et Damas (Guyane) ; Une mise en scène sobre donnant voix aux instruments à cordes et aux percussions, au chant et à la danse pour servir, clamer, scander cette œuvre maîtresse du « nègre » Césaire. (DZ)
Un Extrait du Discours:
«Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au VietNam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. [...]»